Le Canada et la libération des Pays-Bas : soldats canadiens à Amsterdam

Le 8 mai 1945, les soldats canadiens entrent dans Amsterdam libérée. Itinéraire, monument, tulipes d'Ottawa et cimetières : un voyage de mémoire.

LIEUX ET PATRIMOINE

10/5/20267 min temps de lecture

Place Dam : Commémoration de la Libération des Pays-Bas et du Canada Seconde Guerre mondiale
Place Dam : Commémoration de la Libération des Pays-Bas et du Canada Seconde Guerre mondiale

Le Canada et la libération des Pays-Bas : sur les traces des soldats canadiens à Amsterdam

Le 8 mai 1945, des milliers d'Amstellodamois envahissent les rues pour acclamer des soldats venus de l'autre côté de l'Atlantique. Ils sont canadiens. Après cinq ans d'occupation et un hiver de famine, ce sont eux qui entrent dans la capitale libérée, sous une pluie de fleurs, de drapeaux et d'embrassades. Quatre-vingts ans plus tard, ce lien entre le Canada et les Pays-Bas reste d'une force rare. Chaque printemps, des tulipes néerlandaises fleurissent à Ottawa en remerciement. Et à Amsterdam, un monument rappelle encore aujourd'hui que la ville « remercie ses Canadiens ».

Ce guide retrace le rôle des soldats canadiens dans la libération des Pays-Bas, et vous propose de suivre, à Amsterdam, l'itinéraire qu'ils ont emprunté en mai 1945. Un voyage de mémoire pensé pour les voyageurs du Québec et de tout le Canada

Huit mois de combats pour libérer les Pays-Bas

La libération des Pays-Bas est d'abord une campagne canadienne. De septembre 1944 à avril 1945, la Première Armée canadienne mène l'essentiel des opérations pour chasser l'occupant allemand du pays.

Les étapes principales :

- Automne 1944 : la bataille de l'Escaut (du 2 octobre au 8 novembre), indispensable pour ouvrir le port d'Anvers au ravitaillement allié.

- Février-mars 1945 : la campagne de Rhénanie, à la frontière allemande.

- Avril 1945 : la phase finale, qui libère le nord et l'est du pays.

Le prix est terrible. Plus de 7 600 Canadiens sont morts au cours de ces huit mois de campagne. Beaucoup reposent aujourd'hui aux Pays-Bas, dans des cimetières de guerre que les familles néerlandaises entretiennent avec un soin remarquable.

Légende et vérité

Légende : les Canadiens auraient libéré Amsterdam au terme d'une bataille de rue.

Vérité : Amsterdam n'a pas été prise au combat. Les troupes allemandes avaient déjà capitulé le 5 mai. Les soldats canadiens sont entrés dans une ville libérée, mais affamée, le 8 mai, accueillis en héros. C'est précisément ce qui rend cette entrée si émouvante : ils n'arrivaient pas pour se battre, mais pour mettre fin à la peur.

7 mai 1945 : le drame du DamLa stroopwafel, la star

La veille de l'arrivée des Canadiens, la joie tourne au drame. Le 7 mai, une foule immense se rassemble sur la place du Dam pour fêter la libération et attendre les libérateurs. Des soldats de la Kriegsmarine, retranchés dans le bâtiment de la Groote Club, ouvrent le feu sur la place. La fusillade dure environ deux heures : 32 personnes sont tuées et plus d'une centaine blessées.

Depuis 2016, 32 pierres gravées des noms des victimes sont scellées dans le pavé du Dam. Peu de visiteurs les remarquent : prenez le temps de les chercher, non loin du Monument national.

8 mai 1945 : l'entrée des Canadiens dans Amsterdam

Le lendemain, les premières colonnes canadiennes arrivent par le sud-est de la ville. Leur itinéraire est connu, et vous pouvez encore le suivre aujourd'hui :

- Le pont Berlage (Berlagebrug), sur l'Amstel : c'est par là que les soldats franchissent le fleuve et entrent dans la ville. Les photographies d'époque montrent les foules massées sur le pont et le long de l'Amsteldijk.

- L'Apollolaan, dans le quartier sud : une large avenue résidentielle où se dresse aujourd'hui le monument « Amsterdam remercie ses Canadiens ».

- La Van Baerlestraat, qui longe le Museumplein.

- Le Leidseplein, l'une des grandes places du centre.

- Le Singel, le plus ancien canal de la ceinture, jusqu'à la place du Dam.

Le parcours fait environ 5 kilomètres. Il traverse aussi bien l'Amsterdam de l'architecture du XXe siècle, au sud, que le cœur historique de la ville.

« Amsterdam remercie ses Canadiens » : le monument de l'Apollolaan

Sur l'Apollolaan, face à l'Apollohal, se dresse une sculpture en métal de l'artiste néerlandais Jan de Baat : un fanion de la libération qui semble flotter au vent, symbole de la liberté retrouvée. L'inscription est sans ambiguïté : « AMSTERDAM DANKT ZIJN CANADEZEN. MEI 45 – MEI 80 », soit « Amsterdam remercie ses Canadiens, mai 1945 – mai 1980 ».

Le monument a été inauguré le 5 mai 1980, lors d'une reconstitution de l'itinéraire de la libération. Des vétérans canadiens étaient présents, aux côtés du lieutenant-colonel canadien Bell-Irving et du maire d'Amsterdam, Wim Polak.

C'est l'un des rares lieux d'Amsterdam consacrés spécifiquement au Canada, et l'un des moins connus des visiteurs. Pour un voyageur canadien, s'y arrêter quelques minutes est un moment fort.

Les tulipes d'Ottawa : un remerciement qui dure depuis 1945

Légende et vérité

Légende : le Canada aurait offert une chambre d'hôpital aux Pays-Bas pour que la princesse naisse en territoire néerlandais.

Vérité : la nuance est subtile. Le gouvernement canadien a déclaré la chambre temporairement hors du territoire canadien, afin que la princesse ne reçoive pas automatiquement la nationalité canadienne et puisse garder ses droits à la succession néerlandaise. La chambre n'est donc pas devenue néerlandaise : elle est simplement devenue, le temps de la naissance, un lieu sans souveraineté canadienne.

À la Libération, la reconnaissance prend la forme de fleurs. En 1945, Juliana offre 100 000 bulbes de tulipes au Canada, puis 20 500 l'année suivante. La tradition ne s'est jamais arrêtée : aujourd'hui encore, la famille royale néerlandaise et le peuple des Pays-Bas envoient chacun 10 000 bulbes au Canada chaque année. En 1953 naît le Festival canadien des tulipes, qui fait fleurir aujourd'hui plus d'un million de tulipes dans la région de la capitale nationale.

L'hiver de la faim : Amsterdam au bord du gouffre

Pendant que le sud du pays est libéré dès l'automne 1944, l'ouest, dont Amsterdam, reste occupé. Ce sera l'Hongerwinter, « l'hiver de la faim ». Les approvisionnements sont coupés, le charbon manque, et les habitants en sont réduits à manger des bulbes de tulipes et à démonter les maisons abandonnées pour se chauffer. Selon les estimations historiques couramment retenues, cet hiver fait environ 20 000 victimes dans l'ouest du pays.

Au printemps 1945, des largages de vivres alliés soulagent enfin la population. Le 5 mai, à Wageningen, le général canadien Charles Foulkes accepte la reddition des troupes allemandes aux Pays-Bas. Le 5 mai est depuis la fête nationale de la libération, le Bevrijdingsdag.

Prolonger la mémoire à Amsterdam

Pour comprendre ce que les Canadiens ont trouvé en entrant dans Amsterdam, trois lieux complètent idéalement ce parcours :

- Le Monument national du Dam, érigé en 1956 en mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale, au cœur de la place où s'achevait l'itinéraire des libérateurs.

- Le Musée de la Résistance (Verzetsmuseum), dans le quartier du Plantage, qui raconte la vie quotidienne sous l'occupation et l'hiver de la faim.

- La Maison d'Anne Frank et les lieux de mémoire de la Shoah, pour mesurer ce que l'occupation a signifié pour la communauté juive d'Amsterdam.

Suivre les pas des libérateurs, avec un guide

Ce parcours de la libération se prête parfaitement à une visite privée. Je vous emmène du pont Berlage jusqu'au Dam, en racontant l'occupation, l'hiver de la faim et l'arrivée des Canadiens, avec des photographies d'époque pour comparer les lieux d'hier et d'aujourd'hui. Une façon de vivre Amsterdam autrement, et de rendre hommage à ceux qui l'ont libérée.

💡 Conseil de votre guide : vous voyagez depuis le Québec ou ailleurs au Canada et souhaitez découvrir l'histoire de la libération sur les lieux mêmes ? Je vous propose une visite privée guidée en français, construite autour de votre intérêt pour la Seconde Guerre mondiale.

- Tarif : À partir de 2h. Tour personnalisé et privé. Prix sur demande.

- Groupe : de 1 à 15 personnes ; voyages organisés et groupes d'aînés sur devis.

- Durée : de 2 à 4 heures, itinéraire personnalisé.

- Contact : réservez directement ou via le formulaire pour construire ensemble votre parcours.

Monuments a la mémoire des victimes de la Seconde Guerre Mondiale. Canada Libération
Monuments a la mémoire des victimes de la Seconde Guerre Mondiale. Canada Libération

Sources

- Anciens Combattants Canada, « La libération des Pays-Bas » : https://www.veterans.gc.ca/en/remembrance/military-history/second-world-war/liberation-netherlands

- Fondation néerlandaise des sépultures de guerre (Oorlogsgravenstichting), monument pour les militaires canadiens : https://oorlogsgravenstichting.nl/monumenten/amsterdam-monument-voor-canadese-militairen

- Comité national du 4 et 5 mai, mémorial des victimes du Dam du 7 mai 1945 : https://www.4en5mei.nl/oorlogsmonumenten/zoeken/3931/amsterdam-memorial-damslachtoffers-7-mei-1945

- L'Encyclopédie canadienne, Festival canadien des tulipes : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/canadian-tulip-festival

- Archives de la ville d'Amsterdam, la libération : https://www.amsterdam.nl/stadsarchief/stukken/tweede-wereldoorlog/bevrijding/

Où se recueillir aux Pays-Bas

Les soldats canadiens tombés lors de la libération reposent dans plusieurs cimetières de guerre, accessibles en une excursion d'une journée depuis Amsterdam :

- Le cimetière de guerre canadien de Groesbeek, près de Nijmegen : plus de 2 300 Canadiens y sont enterrés, et 103 autres noms de soldats sans sépulture connue figurent sur son mémorial.

- Le cimetière de guerre canadien de Holten, dans l'est du pays : 1 355 Canadiens y reposent.

- Le cimetière de guerre de Bergen-op-Zoom, dans le sud : 968 Canadiens y sont enterrés.

Comptez environ 1 h 30 à 2 h de route depuis Amsterdam. Si vous cherchez un soldat de votre famille, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CWGC) permet de retrouver en ligne le lieu exact de chaque tombe.

Infos pratiques

- Monument « Amsterdam remercie ses Canadiens » : Apollolaan, face à l'Apollohal, Amsterdam-Zuid. En plein air, accès libre.

- Pierres des victimes du 7 mai 1945 : place du Dam, dans le pavé. Accès libre.

- Pont Berlage (Berlagebrug) : sur l'Amstel, au sud-est du centre, point de départ symbolique de l'itinéraire.

- Itinéraire de la libération : environ 5 km, du pont Berlage au Dam. Possible à pied en une demi-journée, ou en combinant tram et marche.

- Cimetières de guerre canadiens : Groesbeek, Holten et Bergen-op-Zoom, à environ 1 h 30 à 2 h de route.

- Bon moment pour venir : début mai, autour du 4 mai (commémoration des morts) et du 5 mai (fête de la libération). L'ambiance y est unique, mais l'affluence forte : réservez tôt.

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